user_mobilelogo

Pourquoi les cadres dirigeants se laissent-ils prendre par surprise, quand il s’agit de leur propre carrière ?

Si l'on peut comprendre que les employés et l’encadrement intermédiaire puissent se faire surprendre par la crise économique, il n’en va pas de même pour les cadres supérieurs, et moins encore pour les cadres dirigeants.
Proches des paramètres vitaux de l’entreprise, ils participent aux prises de décisions stratégiques. Leur métier consiste à anticiper et orienter leur entreprise dans les difficultés.
Et pourtant, j’ai orienté de très nombreux cadres supérieurs, parfois de très haut niveau (directeurs généraux, vice-présidents, ...) touchés de plein fouet par un licenciement sans qu’ils n’aient pris la moindre initiative pour en anticiper les conséquences.

Au fil de ces rencontres, j’ai identifié quatre constantes à l’origine de cette anomalie :

-        un investissement personnel à temps plus que complet dans leur travail,

-        une identification à leur titre et à leur entreprise,

-        la certitude que le travail est toujours récompensé,

-        et une aversion profonde pour la notion de réseau.

Un investissement à 100 % dans son travail : un frein à l’anticipation

En fait, les cadres dirigeants sentent généralement le vent tourné.  J'en reçois régulièrement qui, conscients d’une difficulté dans leur situation viennent prendre conseil bien avant qu’un licenciement ne les menace. Ils se sentent mis à l’écart ou bien ils trouvent que les décisions de la direction sont inadéquates, ou encore, pour les plus jeunes, ils estiment que leur entreprise ne leur offre pas d’opportunités intéressantes.

Et pourtant ils ne font rien car « ils n'ont pas le temps, trop pris par leurs activités de tous les jours..»

L’identification à son titre et à son entreprise : une fidélité qui protège de l’inconnu

« J’existe par mon poste et mon titre au sein de mon entreprise. »

Les cadres dirigeants estiment devoir une fidélité sans borne à leur entreprise. Ils considèrent comme une trahison le fait d'envisager de quitter leur entreprise ou même simplement de prendre le temps d'un repas pour rencontrer un collègue qui travaille dans une autre société. Pourtant, quand on travaille 60 heures par semaine et plus, n'est-il pas tout à fait normal de s'autoriser une heure ou deux de temps à autre pour prendre du recul et se préoccuper de son propre avenir ? Et puis, depuis quand un manageur de haut niveau n’a-t-il plus la liberté de ses rencontres? Depuis quand une grande entreprise critique-t-elle la curiosité de ses cadres supérieurs ?

Derrière cette fidélité sans faillese cache en fait une certaine frilosité : « Je donne toute ma confiance et ma fidélité à mon entreprise qui, en retour, ne pourra donc qu'être fidèle envers moi. Ainsi protégé, je n’ai pas à me soucier du monde extérieur. »

« Le travail est toujours reconnu » : une certitude qui évite d’avoir à se montrer

Cette croyance est très ancrée dans notre enfance. Qui de nous n’a pas entendu mille et une fois des phrases du type : « Ne fais pas ton malin ! » ; « Tu te crois vraiment intéressant ! » ; « Arrête de te mettre en avant ! » ; « Tais-toi et écoute ! » Dans notre système éducatif très sélectif, en particulier celui des « Grandes Écoles», cette croyance est renforcée par le vécu des jeunes cadres durant leur cursus de formation ainsi que leurs premières années d’expérience.

Et, lorsque survient le premier incident de parcours, car quasiment plus personne n'y échappe de nos jours, c'est une catastrophe. Non seulement ce premier coup dur est une surprise (« Comment peut-on me licencier alors que j'ai toujours bien travaillé! »mais, pire encore, le traumatisme personnel est parfois si fort que certains ont beaucoup de mal à s'en remettre et à rebondir.

« Réseau » et « passe-droit » : une association d’idées bien française, très sclérosante

En France, la notion de réseau est associée à celle de « clans », de « recommandations douteuses » sur la base du copinage et non pas sur celle des compétences avérées.  Et pourtant, tout le monde trouve parfaitement normal de recommander à ses amis un « bon plombier », un « coiffeur pas trop cher », un « bon petit restaurant », etc… Pourquoi en serait-il autrement dans le cadre du travail et de la recherche d’emploi ?

Dans le monde anglo-saxon, c’est exactement ce à quoi fait référence le terme de « réseau » : un carnet d’adresse de personnes que l'on apprécie pour leur personnalité et leur professionnalisme et qu'on peut mettre en relation lorsqu'ils ont besoin les uns des autres.
Se refuser à appliquer ce concept à la gestion de carrière n'a aucun sens!

Ce n'est donc pas tant le manque d'anticipation qui met les cadres dirigeants en péril, mais plutôt la certitude que leur statut, leur position, la qualité de leur travail les protègent. Mais sont-ils vraiment dupes de cette prétendue sécurité? Sans doute pas. Cependant, ils préfèrent y croire plutôt que de se confronter au monde réel dans le cadre d'une démarche réseau. Un bien mauvais calcul quand on sait qu'une mobilité est bien plus facile à réussir quand on est en poste que quand on est au chômage...